
On se dit qu'on a le temps. Qu'on aura tout le temps nécessaire. Alors on ne se presse pas. Et très vite, trop vite, il nous rattrape et nous passe devant avec un air narquois. On tente de le saisir mais cet enfoiré nous coule entre les doigts, et avant qu'on ait réalisé, il est déjà bien loin. On maudit sa propre inactivité et on abhorre son insouciance. Restent les regrets. On voulait faire tant de choses, grandes et petites. Alors on se dit qu'au moins cela nous aura servi de leçon et qu'on ne s'y laissera plus prendre. En vain. Le temps continue de passer et l'on a l'air totalement immobile. Ça n'en tétanise que davantage. On accumule d'autres regrets. Petit à petit, on en vient très vite à ne plus penser qu'à lui, à ses effets et aux conséquences. Encore des regrets. On aimerait bien avoir un supplément parfois, juste une fois ou deux. Mais c'est impossible, donc on va de l'avant, encore. Toujours. Et les choses se répètent. Le cycle continue sa course, cela devient une routine, dans certains cas, un rituel.
On rêve de ce temps imaginaire, d'un temps qu'on n'aura jamais. Mais il nous fait avancer et, de toute manière, on ne peut s'empêcher de l'imaginer. On pense être dans une bulle à l'élasticité mal définie, oubliant complètement qu'elle est éphémère, si fragile qu'elle peut éclater sans crier gare, à la moindre tentative de dilatation. Qu'importe. On ne va pas se laisser faire à ce point. « Il avance, et on s'occupe dans son coin ». On a le temps, ici, avec nous. Alors pourquoi ne pas faire avec, sciemment ? Composer avec lui? Peut-être parce qu'il joue toujours à son rythme, ce vil connard. Ça énerve, et on n'y peut rien. Ça énerve, et on n'y peut rien. Les regrets, ces fantômes qu'il laisse dans ses pas, reviennent nous hanter. On apprend à les accepter. Par contrainte plus que par choix, en vérité. Mais on les accepte tant bien que mal, en attendant le jour où ils nous boufferont entièrement, si puissants que tout s'écroulera avec violence et passivité. D'ici là, on continue presque inlassablement à répéter la litanie, qui a fini par devenir quasiment rassurante de familiarité. Ce n'est pas une spirale, c'est un cercle parfait. La spirale est tout autre, et on s'en fout. Elle ne nous atteint pas – encore, quand ce sera le cas, ce sera trop tard – et on garde les yeux fixés sur le cercle. Toujours plongé dans ce rêve, on garde du temps de côté. Pour quoi faire ? Rien. Et on n'en sait rien, mais on s'en fout aussi. Finalement, on voit qu'on ne tenait pas la distance, car après nous avoir filé entre les doigts, le salopard est maintenant hors de portée.
On a le temps. Mais on ne sait jamais combien. Alors pour se consoler, on compte ses regrets, sous les décombres d'une folie qu'ils ont causée.
Image : hanaosutarou








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